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Table ronde animée par:
Sylvie ANDREU, Journaliste et auteure, spécialiste des questions urbaines, du paysage et des territoires.
Avec :
Nicola BRAGHIERI, Architecte, professeur EPFL, directeur de la section architecture ENAC/EPFL.
Rémi PAPILLAULT, Architecte-urbaniste, professeur à l’ENSA de Toulouse, administrateur de la Fondation Le Corbusier.
Yannis TSIOMIS, Architecte-urbaniste, directeur d’études à l’EHESS Paris

Il est l’homme qui a accompagné et précédé les combats, les révolutions, les illusions
et désillusions d’un siècle en ébullition artistique et sociétale qui a inventé la Modernité.
Le Corbusier sera guidé toute sa vie par «l’esprit nouveau» de son époque. Il n’aura de
cesse de combattre le conservatisme de ses pairs, dictant ce qu’il appelle «les 3 rappels
à Messieurs les Architectes: Volume-Surface-Plan», leur opposant en toutes occasions
l’esprit d’innovation des ingénieurs. Dès 1922, il exprime son hostilité à l’habitat pavillonnaire,
consommateur d’espace et d’énergie. Il pressent la fin d’une époque et le moment
pour l’homme de «se libérer». Son monde est machiniste, poétique et visionnaire.
Architecte provocateur, Le Corbusier devient vite urbaniste iconoclaste. L’avenir de la
planète ne se joue-t-il pas dans ces villes ou plutôt ces villes-monde dont on redoute
l’hypertrophie, l’insécurité, les ségrégations? Le Corbusier l’avait compris en posant les
bases d’un urbanisme qui ne fit pas toujours l’unanimité. Pour autant le public s’empare
aujourd’hui de questions de densité et d’étalement urbain, du mitage du paysage, de la
nature dans la ville. Autant de thèmes qui renvoient aux recherches corbuséennes de
«la ville verte» et de la densité urbaine. Que faut-il retenir ou oublier de Le Corbusier,
autodidacte aride et insatiable, humaniste et sectaire, adulé ou méprisé, qui ne se refusait
aucune expression artistique, voulait le bonheur des hommes à tout prix et ne
croyait qu’en son jugement? Comment ne pas s’interroger sur cette notoriété qui lui
vaut cinquante ans après sa mort d’être encore et toujours celui qui divise? Ses admirateurs
et détracteurs ferraillent sur son œuvre qui attend toujours son classement au
patrimoine de l’Humanité au titre de sa «contribution exceptionnelle au mouvement
moderne».