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Raphaël MÉNARD, Architecte-ingénieur, enseignant EPFL, cogérant du bureau d'études Elioth (Egis Concept)

Avant, en ville, l’énergie venait du sol. Avant, c’était avant le gaz à tous les étages, avant
la fée électricité dans toutes les pièces. Jadis, les combustibles de nos logis arrivaient
depuis la rue. Ils fournissaient nos âtres, nos poêles, nos fourneaux et parfois nos éclairages.
C’étaient le bois, le charbon, le pétrole à lampe. Une fois consommée, la chaleur
fatale s’évacuait vers le ciel; les toitures se devaient d’incorporer les échappements
permettant la salubre évacuation de ces combustions. Aujourd’hui, nos canopées bâties
conservent les traces de ces systèmes énergétiques. Paris et ses refends, ponctués
par des conduits de cheminée en terre cuite. Le sol dictait la canopée urbaine. Le sol
devait être accessible et idéalement plat pour faciliter transport, logistique et livraison
de combustibles qui venaient de l’extérieur de la cité. Quels usages subsistent? Les
feux de bois deviennent suspects. À la limite, les conduits non comblés participent à la
ventilation naturelle en été. Dorénavant, la ville doit être résiliente pour assurer tout ou
partie de ses besoins énergétiques. Produire ne serait-ce que le dixième des besoins,
c’est sans doute la garantie de pouvoir assurer les fonctions vitales en cas de défaillance
de la distribution d’énergie. Auto-production et micro-réseaux sont nos indispensables
garde-fous. Du fait de sa densité humaine, des besoins individuels stables ou croissants
mais aussi de la raréfaction des combustibles externes, la ville se doit de produire localement
une fraction de son énergie. Ne nous fions pas à la baisse très provisoire du prix
des hydrocarbures: le «contre-contre-choc» arrivera … Dans le futur, seules les énergies
de flux (le soleil et ses dérivés, et dans une moindre mesure la géothermie) pourront
assurer un approvisionnement pérenne. La ville doit alors faire descendre l’énergie directement
depuis ses toits. Alors dans ce cas, le ciel impose la forme. Le soleil se capte à
plat; les cheminées empêchent cette nouvelle relation. La ville doit retourner sa forme:
sa canopée doit dorénavant être homogène, douce et régulière pour faire entrer efficacement
l’énergie vers l’intérieur. Les ISU, rappelle le conférencier, commencent comme
cela.