Maurice Braillard

Architecte, Urbaniste, Homme politique genevois.

Né le 23 juillet 1879 à Auvernier, décédé le 8 juillet 1965 à Genève.

Maurice Braillard s’impose à nous surtout comme un homme d’action. À l’écart des débats théoriques et des discours de principe, il développe invariablement ses réflexions et propositions en lien avec des situations et des territoires concrets. En retour, ses projets et réalisations attestent d’une remarquable sensibilité pour le palimpseste du territoire, les qualités expressives des matériaux et des volumes, les modes de vie et l’appropriation des espaces, ou encore les conditions du développement économique, mais aussi social et culturel de Genève, sa ville d’adoption.

Autodidacte, il a acquis sa formation essentiellement sur le tas: à l’âge de 14 ans, il entre en apprentissage dans les bureaux de Léo Châtelain et de Paul Bouvier à Neuchâtel. Son parcours académique se résume aux cours du soir suivis à l’École de dessin professionnel et de modelage à Neuchâtel et un court séjour, en 1902-1903, à l’École des Beaux-Arts à Paris.

Dès les premières réalisations – les écoles villageoises d'Onex (1908), Avully (1910), Mies (1912) ou encore la cité d’Ugine (1908) – l’adoption d’un répertoire formel vernaculaire en rupture avec la tradition académique est l’occasion d’explorer les qualités expressives des matériaux naturels tout en prenant en charge avec souplesse des dispositions internes complexes résultant de programmes mixtes.

Au début des années 1930, Braillard étend l’investigation des possibilités plastiques à un matériau nouveau: le béton armé. Elle trouve son expression la plus aboutie dans les équipements en lien avec les transports mécanisés. Dans le Téléphérique du Salève (1932) et dans le Garage des Nations (1935), il développe ainsi des réponses inédites avec un impact visuel manifeste. Dans ces exemples, la réduction des surfaces portantes à de rares points d’appui, les grandes portées et les porte-à-faux participent à une rhétorique moderniste à fort pouvoir d’évocation: mise en exergue de la fonction statique de la construction, par contraste, évocation de la vitesse et du mouvement linéaire des transports modernes, de l’affranchissement des lois de la gravité, plus symboliquement, des contingences matérielles.

Les ensembles résidentiels des squares de Montchoisy (1927-1933) et de la Maison Ronde (1930) répondent, pour leur part, aux exigences d’un habitat à la fois moderne (distribution rationnelle et hygiénique, confort technique), flexible (pièces de dimensions généreuses pouvant être réunies en séquences continues) et riche d’agrément (vues panoramiques, qualité du second œuvre). Une attention toute particulière est accordée à l’articulation des sphères privées, collectives et publiques. Les espaces intermédiaires, sur lesquels donnent les entrées et les pièces principales, sont ainsi conçus comme des supports qualitatifs de pratiques collectives.

Par la suite, Braillard développe un intérêt croissant pour les problèmes d’urbanisme. En 1931, il étudie la reconstruction de la Rive droite. Élu à la tête du Département des travaux publics dans le gouvernement Léon Nicole (1933-1936), il tente de rationaliser la structure administrative et le régime foncier (municipalisation des sols). Avec le Plan Directeur (1935), fruit d’un travail collectif associant des personnalités comme Albert Bodmer et Hans Bernoulli, il met au point un instrument du «rajeunissement» harmonieux de la structure urbaine dans son ensemble. Le schéma est clair: conformément à la devise «d’une ville rationnelle et démocratique», Braillard substitue au tissu sédimentaire une trame bâtie homogène parcourue par un réseau hiérarchisé de voies de circulation. Mais le Plan directeur prend aussi en compte les données sensibles du territoire (topographie, vues sur le paysage et le lac) et propose un réseau de chemins piétonniers liant, dans un maillage cohérent, les éléments les plus remarquables de la ville: places, équipements collectifs, monuments et parcs.

Dans le deuxième après-guerre, Maurice Braillard, désormais associé à ses fils Pierre et Charles, poursuit ses reflexions sur le devenir de la ville, les conditions de son développement technique, économique et humain, d’une part, en tant que chroniqueur et auteur de séries d’articles thématiques dans le presse quotidienne et, d’autre part, au travers d’opérations immobilières à l’échelle du quartier comme les squares Château-Banquet.

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